Code, robots et sumo, une journée pas comme les autres au challenge Robotics au lycée Blaise Pascal de Longuenesse

Retour d’expérience sur une journée mêlant robotique, pédagogie de projet et orientation

Les projets de robotique scolaire sont parfois considérés comme une activité de niche: très technique, majoritairement masculine, centrée sur la programmation et la performance. En assistant au challenge Robotics organisé au lycée de Longuenesse, j’ai pu observer de l’intérieur un dispositif qui dépasse largement ces idées reçues. Cette journée fut l’occasion de mesurer concrètement ce que la pédagogie de projet en robotique permet de mobiliser chez les élèves : compétences techniques, certes, mais aussi coopération, communication, engagement et réflexion sur l’orientation.

Une arrivée déjà riche d’enseignements

Sur la route printanière qui mène au lycée de Longuenesse, je me rends au challenge Robotics avec une image toute faite de ce type de manifestation. Le trajet, d’une durée d’environ une heure, laisse le temps à ces représentations de s’installer. Pourtant, dès l’arrivée, la réalité se révèle bien différente.

Un bus dépose les collégiens sur le parking du lycée Blaise Pascal de Longuenesse. Direction, la maison des lycéens. À l’intérieur, l’espace est occupé par des groupes d’élèves travaillant ensemble, concentrés, engagés dans leurs projets. Les équipes sont mixtes et équilibrées ; filles et garçons collaborent autour des ordinateurs et des tablettes, utilisant le logiciel Scratch pour programmer leurs robots. Contrairement aux préjugés encore répandus, les jeunes filles occupent souvent des rôles centraux au sein des groupes : organisation du travail, répartition des tâches, pilotage des choix techniques. Un professeur de technologie de collège présent sur l’événement confirme cette observation, soulignant que les filles se montrent fréquemment très à l’aise dans ces activités de programmation.

Un défi construit sur le temps long

Le challenge Robotics est une manifestation organisée chaque année par Jean‑Louis Follet, professeur de technologie. Il explique que la préparation de cette journée nécessite plus de six mois de travail. À observer l’événement, cette affirmation ne surprend guère : coordination des équipes pédagogiques, gestion du matériel, organisation logistique, accueil des élèves, constitution des jurys.

Ce jour‑là, 120 collégiens sont réunis, accompagnés par 35 élèves du lycée de Longuenesse. L’ambiance générale est à la fois détendue et studieuse. Les élèves savent qu’ils devront répondre à des défis précis, proposés par les enseignants, et surtout présenter leur travail devant un jury dans un temps contraint.

Présenter, expliquer, convaincre : l’épreuve du jury

Chaque équipe dispose de cinq minutes pour présenter son projet à l’aide d’un diaporama. L’objectif est d’expliquer comment le robot a été programmé et modifié en vue de l’épreuve finale : une bataille de robots de type sumo. Les robots utilisés sont des mBot, auxquels les élèves ajoutent des pièces qu’ils ont conçues grâce à des logiciels 3D et imprimées ensuite pour améliorer leur efficacité lors des affrontements. Certains adoptent une attitude plus éco-responsable, en choisissant du carton recyclé. J’ignore à ce jour si ces jeunes créateurs ont réussi à bouter hors du cercle certains robots qui semblaient sortir du film Mad Max.

L’épreuve orale constitue un moment particulièrement formateur. À quatorze ans, prendre la parole devant un jury composé d’adultes – enseignants ou non spécialistes – représente un défi important. Il faut gérer le stress, lancer le support numérique, se répartir la parole, garder un discours structuré. Les stratégies sont variées : certains groupes s’appuient sur des notes imprimées, d’autres parlent de mémoire, tandis qu’un groupe propose une forme plus originale et chorégraphiée de présentation orale, très appréciée par le jury.

Au‑delà de la robotique, ce sont des compétences transversales essentielles qui sont mobilisées : expression orale, coopération, organisation collective. Cette épreuve fait clairement écho aux attendus de l’oral du diplôme national du brevet et offre aux élèves un entraînement concret et motivant.

Les critères d’évaluation portent sur plusieurs dimensions : qualité de la présentation, travail coopératif, programmation, conception et fabrication des pièces ajoutées au robot. L’ensemble permet d’aboutir à une note sur 100. Une dernière partie de l’entretien invite les élèves à imaginer un projet robotique ancré dans le quotidien : tri automatisé de médicaments en pharmacie, construction de maisons, assistance aux opérations chirurgicales, robot domestique. Ces échanges ouvrent la réflexion sur les usages sociaux et technologiques de la robotique.

L’arène : quand les robots entrent en compétition

Après plusieurs heures d’évaluations, les jurys rejoignent la salle principale pour assister à l’étape la plus spectaculaire et la plus attendue de la journée : les batailles de robots. Des cercles délimités par une bande noire ont été disposés au sol. Deux robots sont placés face à face, chacun contrôlé à distance par les élèves à l’aide de tablettes.

L’objectif est simple : pousser l’adversaire hors des limites du cercle. Les solutions techniques imaginées par les élèves témoignent d’une grande créativité. Certains ont conçu des pièces en forme de godet à l’aide d’une imprimante 3D ; d’autres ont dissimulé leur robot sous une boîte en carton, rapidement surnommée « colis Amazon ». Pièces en carton, structures triangulaires, bricolages ingénieux : toutes les approches sont autorisées.

Autour de la piste, les élèves se soutiennent avec enthousiasme dans une ambiance bienveillante. Après plusieurs manches, une équipe est désignée gagnante et recevra son trophée dans l’après‑midi.

Un dispositif pensé aussi pour l’orientation

Pendant que certains groupes s’affrontent en sumo, d’autres collégiens sont accompagnés par des élèves du lycée pour visiter les différentes sections de l’établissement. Cette initiative prend tout son sens à quelques semaines de la formulation des vœux d’orientation. Les élèves du secteur peuvent ainsi découvrir le lycée de Longuenesse, ses formations et ses espaces, et envisager leur poursuite de scolarité de manière plus concrète.

Le dispositif associe ainsi défi pédagogique et réflexion sur l’orientation, donnant à cette journée une dimension supplémentaire.

Enseignements et perspectives

Ce challenge Robotics permet de dépasser une vision réductrice de la robotique scolaire. Les élèves rencontrés se sont montrés attentifs, organisés, parfois très éloquents, engagés dans des projets qui ne correspondent pas toujours à leur orientation future. Tous ont néanmoins travaillé sur un temps long, appris à s’adapter, trouvé des solutions lorsque des difficultés survenaient.

Le rôle des enseignants impliqués est déterminant. Ils accompagnent, rassurent, encouragent, et parfois consolent des élèves confrontés à des imprévus, comme un robot déchargé juste avant les épreuves. Cette dimension humaine est indissociable de la réussite du projet.

Loin d’être anecdotique, la pédagogie de projet autour de la robotique mobilise des compétences essentielles : coopération, communication, persévérance et prise d’initiative. Cette expérience confirme l’intérêt de ce type de dispositif et invite à réfléchir à son développement plus large dans les établissements.

Un grand merci à l’ensemble de l’équipe pédagogique, aux enseignants engagés, au lycée de Longuenesse, et tout particulièrement à Jean‑Louis Follet, qui malgré les enjeux a gardé le sourire et répondu à toutes les sollicitations sans jamais se départir de son calme. Jean-Louis Follet est connu comme un Géo Trouvetout ; il trouve toujours des solutions quand les choses se corsent. En tous cas, toute la journée s’est déroulée comme sur des roulettes ou devrais-je dire, des roues de robot.